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Etre de son temps

Gilbert Pélissier, Inspecteur général


Préface de « L’artistique, art et enseignement », catalogue de l’exposition organisée par l’académie de Créteil à Saint-Denis, Musée d’art et d’histoire, du 5 au 28 mars 1994.

"Il faut absolument être de son temps". Cette injonction de Rimbaud ne peut que sonner étrangement aujourd'hui, vidée de toute charge pour l'enseignement des Arts plastiques qui depuis son origine, 1972, s'inscrit dans une tradition moderne. Mais être moderne n'est pas faire vœu de modernisme, c'est être simplement de son temps en répondant à la sollicitation du présent. Toutes les disciplines ne le peuvent également, mais une discipline artistique telle les Arts plastiques, où ce qui se joue n'est pas de l'ordre du progrès, le doit.

"Maintenant" est toujours son lieu, celui où nécessairement s'actualise la pratique artistique, et ne confondons pas l'engagement et l'aveuglement que celle-ci réclame avec les savoirs établis et l'histoire. L'école offre dans un cadre cohérent une hétérogénéité d'enseignements comme autant de facettes pour saisir, pour tenter de donner sens à cette " mystérieuse et fascinante dérobade du réel". C'est la chance de l'école d'ouvrir à une réalité plurielle et de permettre des correspondances ; c'est la chance de l'élève que pouvoir trouver, dans la diversité des enseignements qui lui sont proposés, la possibilité, par un enseignement artistique, de conduire des démarches atypiques où l'importance de l'événement, le surgissement de l'inattendu, constituent une véritable et nécessaire leçon en regard des déterminismes et des dispositifs sécurisants.

L'événement ne se programme pas et nul n'en est dépositaire, mais il est des lieux d'émergences plus favorables tels les enseignements artistiques. Ils sont d'autant à cultiver tant les sociétés ont besoin de comportements aptes à saisir toutes forces d'ébranlement : multiples grains de sable, bizarreries ou faits troublants, qui fertilisent et engendrent des formes nouvelles.

Il n'est de véritables enseignements artistiques sans débordement, l'économie du ciblage n'est pas leur fort mais bien la générosité. C'est de cela dont il s'agit pour les Arts plastiques et que montre l'académie de Créteil en exposant au Musée d'Art et d'histoire de Saint-Denis. Nulle obligation en effet à se manifester outre la lourdeur de la charge hebdomadaire. Et pourtant, élèves, enseignants dans un même mouvement, dans une grande dynamique, avec la volonté de l'inspection pédagogique et les encouragements de l'autorité académique ont voulu montrer ce dont ils étaient capables dans un acte gratuit, par plaisir. Mais encore faut-il dire la qualité et souligner le registre où se situe ce témoignage d'existence et de force, car point n'est besoin d'être spécialiste pour percevoir l'ambiguïté : œuvres ou travaux ? S'agit-il d'élèves ? La relation entretenue avec le champ artistique, l'utilisation de références multiples montrent une appropriation jouée allègrement en toute post-modernité. Le divorce, si souvent souligné entre l'art contemporain et son public n'affectera pas cette génération. Le public sait-il suffisamment cette richesse ?