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Mercredi 27 octobre 2004
capcMusée d’art contemporain, 7 rue Ferrère à Bordeaux.

Rencontre avec Eric Féloneau, Commissaire de l’exposition « Hors d’œuvre, ordre et désordres de la nourriture » et Isabelle Thévenon, professeur missionnée DAAC, Rectorat de Bordeaux


1. Faire aboutir une idée, un projet d’exposition
2. Concevoir un projet avec un budget et une équipe
3. Réaliser une œuvre spécifiquement pour le capcMusée
4. Accéder aux œuvres
5. Jouer un rôle dans une oeuvre

1. Faire aboutir une idée, un projet d’exposition

I.T : comment vous venue l’idée de faire cette exposition sur le thème de la nourriture? L’année dernière au mois d’octobre 2003 vous aviez présenté votre projet au service des publics avec la liste des artistes pressentis. Rétrospectivement, il semble que vous avez réussi à faire à peu près ce que vous envisagiez alors.

E.F : on est arrivés à faire à peu près ce qu’on voulait, le projet a mis quand même deux ans à aboutir. Pourquoi la nourriture ? Parce qu’il y avait un certain nombre de problèmes liés à la nourriture qui me semblaient intéressants d’aborder. C’est juste une connexion avec l’air du temps. Les distributeurs de friandises dans les établissements scolaires sont remis en cause, on aborde maintenant les problèmes d’obésité et de boulimie. C’est la vache folle, la grippe aviaire, la grippe du poulet. Et puis, de manière un peu plus impertinente, dans un pays qui glorifie la nourriture et dont une partie de la culture est fondée sur le bien manger, je voulais également montrer ce qu’était le mal manger.

IT : en tant que commissaire, à quels artistes avez-vous pensé en premier ?

E.F : dans les historiques il y a Spoerri bien entendu, viennent ensuite des gens dont j’apprécie le travail comme Michel Blazy et puis d’autres, extraordinaires, que j’ai découverts en faisant des recherche. Il y a parmi les œuvres marquantes la Cloaca de Wim Delvoye qui est une des pièces maîtresses de l’exposition.

2. Concevoir un projet avec un budget et une équipe

I.T : combien de personnes ont travaillé avec vous ?

E.F : le Musée est une grosse machine. A la base il y avait le trio Maurice Fréchuret Directeur du capcMusée, Valérie Lantignac pour la recherche documentaire et moi-même. Ensemble nous avons vraiment travaillé sur l’âme, sur le concept de l’exposition et sur la composition en terme d’artiste et puis d’œuvre. Ensuite la grosse machine se met en route puisqu’il y toute la logistique des transports, des assurances, des allées et venues des artistes, du budget. C’est tout le Musée, du Directeur jusqu’au gardien, tout le monde qui est impliqué dans la manœuvre ; les techniciens, les électriciens. Une exposition c’est vraiment l’aventure d’une équipe.

I.T : le budget est-il donné d’avance définitivement ?

E.F : il y a un budget en début d’année qui est alloué par exposition et on essaie de s’y tenir.

3. Réaliser une œuvre spécifiquement pour le capcMusée

I.T : sur la totalité des quatre vingt œuvres présentées, y en a-t-il qui ont été réalisées spécifiquement pour cette exposition ?

E.F : il y a Michel Blazy qui a réalisé ses pizzas, Marc Vernier qui a construit son petit Mac Do de poche et puis Sonja Alhaüser est venue refaire une pièce qui existait déjà. Ce n’est pas vraiment une création pure, elle a réalisé exprès des petits personnages en chocolat pour le Musée. Nicolas Flo’ch quant à lui a fait fabriquer un filet de pêche sur mesure. Elle a imaginé une pièce spécialement pour « Hors d’œuvre » qui fonctionne avec ses photographies, une pièce à laquelle elle pensait mais qui n’avait jamais été réalisée. Elle a jugé pertinent de le faire ici, in situ.

4. Accéder aux œuvres


I.T : avez-vous rencontré des problèmes pour obtenir certaines œuvres ?

E.F : nous voulions avoir une œuvre de Paul Mac Carthy : « Bossy Burger ». Il s’est avéré impossible de l’obtenir. Même chose pour Drunk, de Gillian Wearing. C’est toujours difficile de monter une exposition, il y a des œuvres qu’on a demandé au Guggenheim Museum ou au Moma à New York, on sait très bien qu’il faut s’y prendre très à l’avance.

I.T : le capcMusée a une véritable notoriété…

E.F : oui parce qu’en général, même si cela prend du temps les musées américains acceptent toujours de nous prêter des œuvres, ils savent l’attention qu’ici nous leur portons. Dans « Hors d’œuvre » on peut voir une vidéo de Patty Chang qui vient du Guggenheim de New-York mais il y aura aussi un des films d’Andy Warhol qu’on projettera au cours de l’exposition.

I.T : il s’agit de simples prêts, sans honoraires ?

E.F : pas toujours, il y a certains musées qui peuvent demander des « loan fees » , c’est à dire des droits pour la présentation des œuvres.

5. Jouer un rôle dans une oeuvre

I.T : une place importante est accordée à la vidéo et aux images animées (des films sont visibles en vidéo et en DVD) un tiers des œuvres exposées sont des vidéos, et des films, dont celui de Spoerri.

I.T : dans une vidéo d’Erwin Wurm il y a une personne qui vous ressemble beaucoup…


E.F : Erwin Wurm était au musée en 96, on a sympathisé et il m’a proposé de participer à l’une de ses oeuvres, j’ai accepté.

I.T : vous avez tourné cela à Bordeaux ?

E.F : oui, chez Lothaire.

I.T : certains spectateurs lorsqu’ils regardent cette œuvre (galerie Foy : dans un magasin de vêtements, deux personnages « essayent » des habits en les superposant au fur et à mesure les uns sur les autres) pensent qu’elle traite de l’obésité. D’autres trouvant là une mise en scène théâtrale particulièrement soignée en savourent surtout l’aspect humoristique. Par ailleurs comme le vendeur joue à la perfection, on peut se demander si c’est un vendeur ou un comédien qui passe les vêtements. Erwin Wurm avait bien préparé sa mise en scène ?

E.F : Erwin Wurm était sur place et il orchestrait tout cela. De plus, il y avait un vendeur du magasin qui était vraiment très professionnel, il connaissait très bien son stock. Erwin Wurm est un artiste qui avait déjà réalisé ce genre de performance. Il m’a mis à l’aise et tout cela s’est mis en place assez naturellement, je ne trouve pas vraiment qu’il y ait une mise en scène, au contraire, ça me semble très naturel.

I.T : oui cela fait tellement naturel qu’on se demande si justement il n’y a pas un gros travail derrière.

E.F : en fait non, on n’a même pas répété, on est arrivé un matin à neuf heures au magasin.

I.T : et vous êtes sortis à quelle heure ?

E.F : cela a dû durer deux heures, et finalement, quand on a eu nos vingt cinq couches de vêtements, on s’est comportés comme si nous étions obèses, on se déplaçait difficilement. Je ne pouvais pas me baisser pour lasser mes chaussures et puis on nous regardait comme des gros. L’obésité et la prise de poids sont les vrais sujets de cette œuvre.

I.T : ensuite vous avez marché dans la rue et vous êtes retournés au musée par exemple ?

E.F : non, nous avons fait un tour rue Porte Dijeaux. On nous voit dans la rue, cela dure très peu de temps.

I.T : est-il envisageable que des professeurs empruntent cette vidéo pour la montrer à leurs élèves ?
E.F : il faut voir auprès des services de la conservation, je pense que cela ne poserait pas de problème…


Extraits de l’entretien avec Eric Féloneau du mercredi 27 octobre 2004.

Isabelle Thevenon
Professeur d’arts plastiques, collège Edouard Vaillant, Bordeaux
Missionnée DAAC, Rectorat de Bordeaux
capcMusée