Collection Automne-Hiver 2005

Voilà plus de 20 ans que le capc (centre d'arts plastiques contemporain) de Bordeaux s'est transformé en musée. Aujourd'hui, Musée de France il remplit les missions dévolues à toute institution de ce genre : la présentation des œuvres faisant partie de ses collections est l'une de ses missions.

Avec Collection Automme-Hiver 2005, le public peut découvrir ou redécouvrir les chefs d'œuvre qui font la réputation de cette collection.

1ere partie, du 15 septembre au 26 mars 2006

Galeries du rez-de-chaussée

Toni Grand, Jannis Kounellis, Lee Ufan, Mario Merz, Annette Messager, Richard Serra.

 

2e partie, du 1er décembre au 26 mars 2006

Grande nef du musée

Daniel Buren, Daniel Dezeuze, Gilbert & George, Toni Grand, Simon Hantaï, Anish Kapoor, Joseph Kosuth, On Kawara, Jannis Kounellis, Richard Long, Paul Mc Carthy, Mario Merz, Jean-Michel Meurice, Bruce Nauman, Bernard Pagès, Sarkis, Richard Tuttle, Claude Viallat…

Dossier/enseignants

Les derniers accrochages de la collection ont été l'occasion d'expérimenter de nouveaux documents pédagogiques : les notices .

Rédigés principalement par les médiateurs du Département des publics du musée, ces textes volontairement très synthétiques et placés dans la proximité des œuvres sont particulièrement appréciés des visiteurs qui ne peuvent pas bénéficier de visites commentées.

Les notices, qui viennent compléter les indications techniques contenues sur les cartels (titre, dimensions, provenance, etc.), apportent aux visiteurs des informations sur l'artiste et un éclairage sur l'œuvre en la replaçant par exemple dans le contexte d'un courant artistique ou de la production de l'artiste.

Pour aider les enseignants à préparer une visite de Collection Automne-Hiver 2005 pour leurs classes, nous avons rassemblé sous forme d'un dossier l'ensemble des notices produites à l'occasion de cet accrochage.

Les dossiers/enseignants sont disponibles sur simple demande auprès du Département des publics

Toni Grand

Né en 1935 à Gallargues-le-Montueux. Vit à Mouriès.

Bois, quatre éléments , 1981

Cet artiste français a participé dans les années 70 à l’aventure Support-surface, aux côtés de Claude Viallat, Louis Cane ou Daniel Dezeuze. Ce mouvement français, dynamique mais éphémère, prônait des pratiques artistiques mettant en avant les composantes matérielles de l’œuvre (la toile, le cadre, les matériaux, les assemblages).

Dès cette époque, Toni Grand travaille avec des branches et divers morceaux de bois bruts, de façon empirique, en préservant la structure naturelle du matériau, ses courbes et son caractère libre. Ainsi, le sculpteur cherche à retrouver une certaine logique de la forme originelle lors de son intervention sur le matériau.

Ici, Toni Grand a procédé par soustraction de matière de façon à révéler en tout cinq colonnes dont les socles sont compris dans le travail de sculpture réalisé à la tronçonneuse. Il est intéressant de remarquer que ces socles jouent un double rôle. D’une part ils présentent et rapprochent les parties verticales, et d’autre part ils permettent d’imaginer les volumes d’origine auxquels s’est confronté l’artiste.

Stéphane Mallet

 

Jannis Kounellis

Né en 1936 au Pirée, Grèce. Vit à Rome.

Sans titre , 1967

C’est en 1967 que Jannis Kounellis rejoint le mouvement de arte povera en participant aux expositions organisées dans les Galeries La Bertesca à Gênes et l’Attico à Rome.

La même année, il installe sur le sol de son atelier romain un tas de charbon de bois délimité par une ligne blanche épaisse. Bien que cette pièce ne soit présentée au public qu’en 1990 au capcMusée, elle est à l’origine de toutes les productions de l’artiste impliquant du charbon et de l’acier.

Ces matériaux témoignent d’une histoire glorieuse révolue, ils évoquent à la fois l’univers éprouvant de la mine et la première révolution industrielle.

Les recherches de Jannis Kounellis favorisent la rencontre des sens et de l’intellect. L’histoire et la mémoire comme présences tutélaires combinées à une occupation de l’espace théâtralisante parent ses œuvres d’un caractère dramatique.

Sylvie Barrère

 

Sans titre , 1990

Cette œuvre réalisée en 1990 par Jannis Kounellis pour le capcMusée, réunit un grand nombre d’éléments sémantiques appartenant au langage de l’artiste.

Quatre caissons d’acier débordant de charbons obstruent partiellement quatre fenêtres de deux salles d’exposition, cette installation est complétée par un tas de charbon entouré d’un cerne blanc épais. Si Kounellis introduit le charbon dans son oeuvre en 1967, c’est en 1969 qu’il réalise la première porte murée au Palazzo Scolastico Gabrielli de San Benedetto de Tronto. De nombreuses obturations de portes et de fenêtres suivront cet acte fondateur. Les matériaux et objets occultants choisis par l’artiste ont toujours une relation étroite avec l’environnement et l’histoire du bâtiment dans lequel il intervient.

Ici l’obturation n’est pas complète et laisse filtrer la lumière du jour elle évoque la nécessaire perméabilité de la frontière existant entre l’art et la vie. Depuis la rue, le visiteur cherchant l’entrée du musée ne peut que s’interroger sur la présence de ces plaques d’acier et de ce charbon obstruant les fenêtres du bâtiment. Si l’on ne peut ignorer la fonction commémorative de l’acier et du charbon il ne faut pas sous estimer la puissance picturale du mur d’acier agissant comme paradigme.

Sylvie Barrère

 

Lee Ufan

Né en 1936 à Séoul (Corée du Sud). Vit à Tokyo et à Paris.

Sans titre , 1977

Cet artiste travaille autour des notions centrales de plein et de vide de la philosophie extrême orientale, qu’il interroge aussi bien dans le domaine de la peinture que dans celui de la sculpture. Pour lui, en effet, ces deux moyens d’expression sont à considérer comme des possibilités pour l’homme de dialoguer avec l’extérieur, c'est-à-dire ce qui n’est pas lui mais qui pourtant l’entoure et interagit avec lui. Chef de file du mouvement japonais Mono-ha dans les années 70, Lee Ufan cherche avant tout à concrétiser par des installations silencieuses ou des peintures réduites à leur plus simple expression une poétique de l’acte artistique, vécu comme un moment privilégié. Ses œuvres, mettant en relation des éléments naturels et industriels, questionnent principalement l’espace entre les formes elles-mêmes, mais aussi l’espace entre ces formes et l’homme qui en dispose (l’artiste) ou celui qui les côtoie (le spectateur).

Bien que l’on rapproche souvent les oeuvres du Mono-ha de celles d’autres mouvements artistiques occidentaux contemporains mieux connus (arte povera, Minimal Art), force est de constater que Lee Ufan, par sa culture et sa sensibilité propre, a su imposer une pensée particulièrement singulière, toute orientée vers la simplicité et une grande attention au monde.

Stéphane Mallet

 

Mario Merz

Né en 1925 à Milan. +Turin 2003

Igloo con Albero, 1969-90

Automobile trapassata dal neon, 1969-1990

Ces deux ensembles sont des éléments constitutifs de la célèbre exposition de Mario Merz Che Fare ?, réalisée pour la première fois en 1969. L’intervention eut lieu en grande partie dans le garage de l’immeuble de la galerie l’Attico à Rome. Cette œuvre nomade est par définition « inachevée et inachevable ». Elle réapparaît sous des formes nouvelles, selon le lieu qu’elle occupe. Le titre de l’exposition est inspiré d’un discours de Lénine prononcé en 1912 ainsi que d’un journal d’avant-garde de l’époque. Elle comprend à l’origine un ensemble de onze pièces embrassant l’essentiel du vocabulaire plastique de l’artiste, qui associe des matériaux naturels et des objets de facture industrielle. On y trouve la célèbre Simca 1000 traversée d’un néon, des ensembles en verre et en terre comme l’igloo, mais aussi des structures métalliques, des fagots de bois, posés à même le sol ou appuyés sur les murs, tout un ensemble de combinaisons formelles en tension qui traduisent des forces et des mouvements élémentaires. En 1969 Merz arrive en voiture dans ce garage, sans programme de travail, et « improvise » l’exposition avec ce qui était préalablement dispersé dans cette galerie-laboratoire.

Romaric Favre

 

Annette Messager

Née en 1943 à Berck-sur-Mer. Vit à Malakoff

Plaisir-Déplaisir, 1997

L’imagerie d’Annette Messager, collectionneuse et femme pratique, est celle de la banalité, du bonheur et de la mièvrerie distillés par les revues féminines qu'elle détourne et caricature. Artiste et femme, elle constitue depuis 1973 une œuvre hétéroclite composée de photographies, d’objets et de dessins, juxtaposés ou accumulés, dont le sens provient de la série ou de l’ensemble.

En 1997, le capcMusée acquiert pour sa collection Plaisir-Déplaisir. Constituée de cordes, de photographies, de miroirs, de tissus, de filets de laine noirs et de crayons de couleurs, cette œuvre associe des images, des objets et des mots. Accrochée à de simples fils, cette multitude d’objets en suspension fait référence à l’anatomie du corps humain. Représentations fragmentaires de notre organisme et métaphores inattendues de nos émotions, ces images piègent le spectateur par la profusion des couleurs et l’exactitude des représentations anatomiques (inspirées des croquis d’anatomie des manuels scolaires). Découpant ou dépeçant le corps, elle ne conserve et ne collectionne que quelques fragments isolés: membres (pieds, mains, genoux) ou orifices (oreilles), rendant ainsi visible ce qui par essence ne l’est pas. Démesurément grossis, ces organes figurent des anamorphoses du cerveau, des viscères, du cœur, de l’appareil génital ou digestif, qu'elle protége, en les recouvrant de filets. La dissémination des morceaux de corps dans l’installation devient donc l’enjeu de rencontres émotives et affectives. Pour Annette Messager, cette fragmentation est une métaphore sensorielle permettant de lier le cœur, l’oreille, le sein à nos perceptions agréables ou désagréables, tout en laissant transparaître la mort à travers la mise en scène des photographies et des sculptures suspendues comme des ex-voto. Ainsi, la planéité de l’image photographique s'oppose au modelé des sculptures de tissus créant une tension plastique accentuée par les couleurs des textiles et l’austérité des clichés. Des crayons de couleurs perforant des cartons placés à l’horizontale et accrochés par les quatre coins sont une lointaine réminiscence de notre enfance.

Anne Cadenet

 

Sarkis (Sarkis Zabunyan, dit)

Né en 1938 à Istanbul, Turquie. Vit à Paris.

Un bac en attente (le révélateur) , 1969-2001

Sarkis construit son œuvre sur son propre vécu, son histoire, sa mémoire. Les bacs en attente correspondent aux œuvres de la « période sombre » de l'artiste, avant que celui-ci ne découvre vers 1976 les ressources créatives de la lumière déployée dans l’espace. Certains d'entre eux, contenant des rouleaux goudronnés furent exposés en 1969 à Berne pour l'exposition mythique d'Harald Szeemann : Quand les attitudes deviennent formes. Les bacs de Sarkis reçoivent à l’origine des matériaux aux propriétés incompatibles. L'eau, le néon et l'électricité sont des substances chargées, réactives, qui installent entre elles une fois réunies, une tension incessante, une situation de danger potentiel qui suggère en permanence une possibilité de conflit. Un de ces bacs aujourd’hui vide prend place dorénavant sur un grand drap blanc. Erodé et détruit par les effets du temps, il apparaît comme une ruine chargé de sa propre histoire ou un corps gisant sur un linceul. Sarkis y a inscrit deux marques spécifiques rouge et verte qui renvoient aux différents ateliers qu’il a occupés mais aussi à la « vie antérieure » de cet objet.

Romaric Favre

 

Le bateau ivre navigue dans le corps de la sculpture, 1986

Au cours de ses nombreux voyages, Sarkis construit, complète et enrichit depuis plusieurs années ce qu’il définit comme son Kriegsschatz (Trésor de guerre) c’est-à-dire une véritable collection d’objets qui par-delà leurs qualités esthétiques sont d’abord des richesses culturelles qui renvoient à un passé lointain, qui contiennent la mémoire d’une civilisation, des «trésors de l’humanité souffrante» (Leidschatz) qui rappellent le sens tragique et la force sublimatoire de la création. De nombreuses expositions de l’artiste et notamment l’exposition réalisée à Bordeaux en l’an 2000, ont été fondées sur la réorganisation de cette collection personnelle. Une manière selon lui de ressusciter ces trésors en sommeil qui sont depuis longtemps déconnectés de leur fonction et de leur contexte originel. Sarkis élabore ainsi des « constellations » à travers lesquelles ces objets somptueux se rencontrent, se confrontent et dialoguent silencieusement. Ici la sculpture illuminée par un laser, représentant un samouraï dans un équilibre précaire a été remplie de vin rouge. Cette figure ivre perchée en hauteur, remplie d’énergie semble « réagir » à la musique latente contenue dans la bande magnétique qu’elle surplombe.

Romaric Favre

 

Richard Serra

Né en 1939 à San Francisco, Etats-Unis. Vit à New York

Alberta Hunter , 1984

La couleur noire est depuis longtemps un élément fort du langage de cet artiste américain. Par sa densité, son caractère austère et pesant, elle évoque, mieux que n’importe quelle autre couleur, certains attributs des sculptures métalliques (en plomb ou en acier la plupart du temps) que l’artiste réalise depuis 1966.

Il exploite leurs qualités physiques, comme leur poids ou leur ductilité, dans des mises en scène souvent spectaculaires jouant sur des effets de masse ou de déséquilibre.

Par ailleurs, Richard Serra a réalisé de nombreux « dessins » aux tonalités sombres à l’encre, à la paraffine ou comme ici au pastel gras qui constituent selon lui une possibilité de suggérer des effets proches de ceux de la sculpture. Le but de l’artiste est alors de trouver des moyens picturaux capables d’évoquer les caractères propres à la sculpture, à savoir le poids, l’épaisseur et la masse.

Dans ses Notes on Drawings de 1988, l’artiste déclare : « En terme de poids, le noir est plus lourd ; il crée un plus grand volume et occupe un champ plus restreint. Il tient de la contrefaçon. Le noir est la matière-couleur la plus dense qui absorbe et dissipe la lumière au maximum ».

Stéphane Mallet