Anna Malagrida
Née en 1970 à Barcelone, Espagne
Vit à Barcelone
La Dormeuse, 1999-2000
Cette installation permet non seulement une approche intimiste du sommeil,
mais nous interroge aussi sur l’impact de certaines images sur nos
consciences. Le visiteur qui souhaite découvrir l’œuvre
vidéo de l’artiste doit tout d’abord s’avancer
dans un espace sombre occupé par un lit et deux tables de nuit
dont le sol est recouvert de moquette. Par la fenêtre apparaissent
des images spectaculaires évoquant un feu d’artifice, mais
extraites en réalité d’archives vidéo de la
guerre du Golfe.
En contrepoint de cette violence audiovisuelle voyeuriste, cauchemardesque
et néanmoins fascinante, Anna Malagrida nous offre
l’image d’une dormeuse. Sereine en apparence cette femme symbolise
à l’évidence notre déni vis-à-vis des
plus grands drames de notre époque. Force est de constater que
les chimères les plus traumatisantes autrefois tapies dans nos
esprits endormis s’affichent aujourd’hui en grand format sur
nos écrans télé, de manière toujours plus
réalistes.
Stéphane Mallet
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Présente sur les lieux pendant de l’installation de son
œuvre, Anna Malagrida a raconté qu’ habituellement elle
dort sur le ventre. C’est pourquoi « la Dormeuse »,
œuvre qui la représente est loin d’être un autoportrait
ou une image « naturelle » de la vie courante. Il s’agit
d’ une mise en scène de son propre sommeil : couchée
sur le dos dans un grand lit recouvert d’un drap blanc, revêtue
d’une chemise immaculée qui remonte pudiquement au-dessus
de ses genoux à mesure qu’elle se tourne à gauche
puis à droite, une femme semblant ignorer ce qui a lieu derrière
sa fenêtre, dort.
Deux vidéo projecteurs sont à l’œuvre dans cette
chambre reconstituée (un lit, deux tables de nuit avec lampes de
chevet, moquette épaisse). Le premier accroché verticalement
au plafond projette l’image de la dormeuse sur le lit. Le second
hors de la chambre projette sur la fenêtre-écran une vidéo
provenant de la guerre du golfe (un ciel verdâtre embrasé
par des explosions éparses).
De taille légèrement supérieure à l’échelle
humaine, occupant toute la longueur du lit, « La dormeuse »
que le visiteur observe debout, et en plongée, évoque par
ses déformations perspectivistes le « Christ » de Mantegna.
Les pieds nus que l’on voit en premier plan, le drap blanc et les
plis de la chemise de nuit, la couleur et l’ambiance générale
en sont la cause. Pour obtenir l’image de cette dormeuse Anna Malagrida
s’est elle-même filmée sur un fond noir. Projetée
sur un drap blanc cette image à l’effet plastique aussi réel
que spectral est tout à fait saisissant.
Isabelle Thevenon
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